Des lacets à perte de vue qui s’enroulent sur les flancs des Carpates, un lac glaciaire à plus de 2 000 mètres, un tunnel percé sous la crête et, au bout, une descente vertigineuse vers un barrage et les ruines du château de Vlad l’Empaleur : la Transfăgărășan (DN7C) est l’une des routes les plus spectaculaires du monde. Depuis que l’émission Top Gear l’a sacrée « meilleure route de la planète » en 2009, elle attire chaque été des milliers de voyageurs, motards et photographes. Mais elle n’est ouverte que quelques mois par an, et mieux vaut la préparer. Voici le guide complet 2026 : dates d’ouverture, itinéraire étape par étape, lac Bâlea, conseils de conduite, où dormir et comment la combiner avec Brașov et Sibiu.
Qu’est-ce que la Transfăgărășan ?
La Transfăgărășan est une route de montagne de 90 km qui traverse du nord au sud le massif des Făgăraș, la plus haute chaîne des Carpates roumaines, entre Cârțișoara (près de Sibiu, en Transylvanie) et Curtea de Argeș (en Valachie). Elle culmine à 2 042 mètres au tunnel de Bâlea, ce qui en fait la deuxième route asphaltée la plus haute de Roumanie, après la Transalpina.
Elle a été construite entre 1970 et 1974 sur ordre de Nicolae Ceaușescu, qui voulait, après l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, une route militaire capable de franchir rapidement les Carpates. Le chantier, mené par l’armée à coups de dynamite — plus de 6 000 tonnes d’explosifs —, a coûté la vie à des dizaines d’ouvriers. Ironie de l’histoire : cette route stratégique est devenue l’un des premiers atouts touristiques du pays.
Quand la Transfăgărășan est-elle ouverte ?
C’est la question la plus importante : le tronçon d’altitude est fermé la majeure partie de l’année à cause de la neige et du risque d’avalanche. En règle générale :
- Ouverture complète : du 1er juillet au 31 octobre, selon les conditions. Certaines années, la route ouvre dès la mi-juin ou ferme dès la mi-octobre après les premières chutes de neige
- Le reste de l’année : le tronçon entre le km 104 (côté nord, après Bâlea Cascadă) et le km 130 (côté sud, vers le barrage de Vidraru) est fermé. On peut tout de même rouler jusqu’à Bâlea Cascadă au nord et jusqu’au lac de Vidraru au sud
- En hiver, le lac Bâlea reste accessible par téléphérique depuis Bâlea Cascadă, et un hôtel de glace y est construit chaque année
Avant de partir, vérifiez l’état de la route auprès de la compagnie nationale des routes (CNAIR) ou de votre hébergement : les dates changent chaque année, et une fermeture temporaire pour neige, brouillard ou travaux est possible même en été.
L’itinéraire de la Transfăgărășan étape par étape
La plupart des voyageurs la parcourent du nord au sud, depuis la Transylvanie : c’est dans ce sens que l’on découvre les fameux lacets d’en haut, à la montée vers le tunnel. Comptez 3 à 4 heures de route avec les arrêts, bien plus si vous randonnez.
Cârțișoara et le début de la montée
Depuis la route Sibiu-Brașov (DN1), la DN7C part de Cârțișoara, village typique de la plaine du Făgăraș. La route s’élève doucement dans la forêt le long de la vallée du Bâlea.
Bâlea Cascadă
À 1 234 mètres, Bâlea Cascadă est la première grande étape : une cascade de 60 mètres accessible par un sentier de 15 minutes, des cabanes, des restaurants et la gare inférieure du téléphérique qui monte au lac. C’est aussi le point de fermeture hivernale côté nord.
Les lacets de la Transfăgărășan
Au-dessus de la forêt, la route sort dans le cirque glaciaire et attaque la montée en une succession de virages en épingle taillés dans la roche. C’est le tronçon mythique, celui de toutes les photos : garez-vous aux belvédères aménagés (et non dans les virages) pour admirer le ruban d’asphalte qui serpente en contrebas.
Le lac Bâlea
À 2 034 mètres, le lac Bâlea (Bâlea Lac) est un lac glaciaire enchâssé dans un cirque de sommets. C’est le cœur de la Transfăgărășan : cabanes, restaurants, stands de produits locaux (fromage de brebis, kürtőskalács), et le départ de nombreuses randonnées — vers le col de Capra (1 h), la crête des Făgăraș ou le Negoiu (2 535 m). Prévoyez une polaire : même en août, il fait rarement plus de 15 °C et le temps change vite.
Le tunnel de Bâlea
Long de 887 mètres, le tunnel de Bâlea passe sous la crête au point culminant de la route (2 042 m) et fait basculer en Valachie. Il est étroit, humide et peu éclairé : allumez vos feux, roulez doucement.
La descente vers le sud et le lac de Vidraru
Le versant sud, plus boisé et plus sauvage, descend par la vallée de l’Argeș. On y croise la cascade de Capra, des points de vue et, souvent, des ours au bord de la route — on y revient plus bas. La route rejoint ensuite le lac de Vidraru, immense réservoir de 10 km de long, qu’elle longe jusqu’au barrage de Vidraru (166 m de haut, 1966), l’un des plus hauts d’Europe à sa construction. On marche sur la crête du barrage ; une statue de Prométhée domine le site.
La forteresse de Poenari
Juste après le barrage, 1 480 marches grimpent jusqu’aux ruines de la forteresse de Poenari, la véritable citadelle de Vlad III l’Empaleur, le prince qui inspira Dracula — bien plus authentique que le château de Bran. L’accès est parfois fermé en raison de la présence d’ours : renseignez-vous sur place.
Curtea de Argeș
La route s’achève à Curtea de Argeș, ancienne capitale de la Valachie, dont le monastère abrite les tombes des rois de Roumanie — un bijou d’architecture aux tours torsadées.
Transfăgărășan ou Transalpina ?
La Roumanie possède deux grandes routes des Carpates. La Transalpina (DN67C), plus à l’ouest, est la plus haute du pays (2 145 m au col d’Urdele) et traverse de vastes alpages dégagés, dans une ambiance de haut plateau. La Transfăgărășan est plus spectaculaire par ses lacets, son lac, son tunnel et son barrage. Si vous n’avez qu’une journée, choisissez la Transfăgărășan ; avec deux ou trois, faites les deux, elles ne se ressemblent pas.
Conseils pour conduire la Transfăgărășan
- Partez tôt : en juillet-août et le week-end, la route est très fréquentée dès 10 h, et les parkings du lac Bâlea sont saturés. À 7 h, vous l’aurez presque pour vous
- Prévoyez du temps : la vitesse est limitée à 40 km/h sur la plupart du tracé, et vous vous arrêterez sans cesse
- Carburant : faites le plein avant, il n’y a pas de station entre Cârțișoara et Curtea de Argeș
- Météo : brouillard, pluie et chute brutale de température sont fréquents en altitude, même en été. Vêtements chauds et imperméable, y compris pour les motards
- Stationnement : seulement aux endroits aménagés — s’arrêter dans un virage pour une photo est dangereux et verbalisé
- Vélo et moto : la route est un classique pour les deux ; les cyclistes y trouveront une ascension de légende (1 300 m de dénivelé depuis le nord)
- Les ours : ils sont nombreux, surtout sur le versant sud, et s’approchent des voitures parce qu’on les nourrit. Ne vous arrêtez pas, ne descendez pas, ne les nourrissez jamais : c’est dangereux pour vous et fatal pour eux à terme
Comment y aller et combien de temps prévoir ?
- Depuis Sibiu — 45 minutes jusqu’à Cârțișoara : la base la plus pratique côté nord
- Depuis Brașov — environ 1 h 30 jusqu’à Cârțișoara par la DN1
- Depuis Bucarest — 2 h 30 jusqu’à Curtea de Argeș pour attaquer par le sud
- Sans voiture — des excursions à la journée partent de Sibiu, Brașov et Bucarest en été ; il n’y a pas de transport en commun sur la route elle-même
Comptez une journée pour la traversée avec les arrêts, ou deux jours avec une nuit au lac Bâlea ou à Vidraru pour randonner et profiter du lever du soleil sur les lacets, sans la foule.
Où dormir sur la Transfăgărășan ?
- Au lac Bâlea — cabanes et hôtels de montagne à 2 000 m, pour vivre le site au calme le soir et le matin
- À Bâlea Cascadă — chalets plus abordables, en forêt
- Autour du lac de Vidraru — pensions au bord de l’eau, côté sud
- À Sibiu ou Brașov — pour combiner la route avec les villes médiévales de Transylvanie
Combiner la Transfăgărășan avec un circuit en Roumanie
La route s’intègre parfaitement dans un road trip de 7 à 10 jours : Bucarest, puis le sud de la Transfăgărășan (Curtea de Argeș, Poenari, Vidraru), le lac Bâlea, et l’arrivée en Transylvanie pour Sibiu, Brașov et Sighișoara, le château de Bran et les randonnées des Carpates. En septembre-octobre, les forêts du versant sud flambent de couleurs : c’est, avec les premiers jours de juillet, la plus belle période.
Questions fréquentes
Quand la Transfăgărășan est-elle ouverte ?
En général du 1er juillet au 31 octobre, parfois dès la mi-juin et jusqu’aux premières neiges. Le reste de l’année, le tronçon d’altitude entre Bâlea Cascadă et le lac de Vidraru est fermé, mais le lac Bâlea reste accessible en téléphérique. Vérifiez les dates de l’année en cours avant de partir.
Combien de temps faut-il pour parcourir la Transfăgărășan ?
Environ 3 à 4 heures pour les 90 km avec les arrêts photo, le lac Bâlea et le barrage de Vidraru. Prévoyez une journée complète si vous randonnez ou montez à la forteresse de Poenari, et deux jours avec une nuit en altitude.
Dans quel sens faire la Transfăgărășan ?
Du nord (Cârțișoara, près de Sibiu) vers le sud : on grimpe les lacets mythiques en les découvrant d’en haut, on passe le lac Bâlea et le tunnel, puis on descend vers le lac de Vidraru et Poenari. C’est le sens le plus spectaculaire.
Peut-on voir des ours sur la Transfăgărășan ?
Oui, très souvent, surtout sur le versant sud vers le lac de Vidraru. Ils s’approchent des voitures parce que des visiteurs les nourrissent. Ne vous arrêtez pas, ne sortez pas du véhicule et ne leur donnez jamais à manger.
Transfăgărășan ou Transalpina : laquelle choisir ?
La Transfăgărășan pour les lacets spectaculaires, le lac Bâlea, le tunnel et le barrage de Vidraru. La Transalpina, plus haute (2 145 m), pour ses alpages dégagés et sa tranquillité. Avec deux jours, faites les deux.
La Transfăgărășan est-elle dangereuse ?
Non si l’on roule prudemment : la route est bien entretenue, mais étroite, sinueuse et limitée à 40 km/h. Les risques réels sont le brouillard, la pluie, le froid soudain et les arrêts sauvages dans les virages. Partez tôt, faites le plein et ne vous garez qu’aux belvédères.
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La Transfăgărășan se mérite : elle n’est ouverte que quatre mois, elle se lève tôt et elle a ses humeurs. Mais au premier belvédère, quand le ruban de bitume déroule ses lacets sous vos pieds jusqu’au fond du cirque, vous comprendrez pourquoi tant de voyageurs traversent l’Europe pour 90 kilomètres de route. Partez à l’aube, prenez votre temps, et gardez une nuit au lac Bâlea : c’est là, au silence du soir, que la route de Ceaușescu devient vraiment la plus belle du monde.